Walter Mafli
10.05.1915 – 11.12.2017

 

Walti, notre membre et ami, nous a quittés lundi matin 11 décembre 2017 à l’âge de 102 ans. Laissant aussi son hameau de Corsy orphelin de l’un de ses plus illustres hôtes, où il vivait depuis 1946. La Municipalité de Lutry l’avait nommé bourgeois d’honneur en 2008 en signe de reconnaissance. Il était le doyen des artistes peintres en Suisse depuis le décès de Hans Erni.

Né le 10 mai 1915 à Rebstein, canton de St-Gall, d’un père inconnu (sans doute un soldat autrichien, qu’il ne connaîtra jamais comme son vrai géniteur) et d’une mère handicapée, sourde et muette, Walter Mafli est élevé par sa grand-mère maternelle jusqu’à l’âge de 6 ans, puis il est placé à l’orphelinat jusqu’en 1931, une institution scolaire et maison de redressement. Une enfance difficile. « A l’âge de 5 ans, j’étais considéré comme un gangster et c’est là que la vie a commencé pour moi…», confiait-il encore dans la presse en juin dernier, rappelant que c’est dans cet environnement que la vocation lui était venue: «Malheureux, je me retirais dans l’écurie et je prenais un bout de bois que je taillais avec un couteau, ou des cailloux et des tuiles, et je dessinais là-dessus.» Loin des regards, il découvrait surtout «qu’on pouvait s’exprimer et être heureux».

Il entreprend ensuite un apprentissage de poêlier-fumiste qui, avec l’arrivée du chauffage central, se termine en qualité de carreleur. Il obtient son certificat le 9 mai 1934. Atteint de la scarlatine, il est hospitalisé plusieurs semaines. Son employeur le remplace. N’ayant plus d’emploi, Walter Mafli décide alors de quitter la Suisse allemande : « J’en avais marre ! ». Il prend son vélo et roule jusqu’à Pieterlen (Perle près de Bienne) chez une tante. Après quelques jours, il poursuit sa route en direction de Neuchâtel où il arrive en mars 1935 et trouve rapidement du travail en qualité de carreleur.

Tout son temps libre est consacré au dessin et à la peinture. Il passe des week-ends au Musée de Neuchâtel pour copier les tableaux exposés, il suit les cours de dessin chez Egidio Delfo Galli (1895-1981), maître de dessin, qui lui enseignera la maîtrise des techniques académiques et il côtoie d’autres peintres, tels que François Emile Barraud, Octave Matthey, Charles L’Eplattenier ou encore Max Theynet (1875-1949) qui lui a beaucoup appris sur le plan technique et qu’il considère comme l’un de ses maîtres, «un impressionniste extraordinaire » qui « m’a donné toute la nervure dans ma peinture ».

Le jour de ses 100 ans, notre Club a eu l’occasion de le fêter et de lui remettre un maillot rouge Cyclo, sa couleur préférée, conçu spécialement pour ce grand jour. Tellement heureux de cette marque d’amitié, Walti dira « je veux l’emporter dans mon cercueil »

Passionné de vélo, il devient membre du Cyclophile Lausannois. L’amour de la petite reine ne le quittera jamais. A 60 ans, il traverse la Californie à bicyclette et pour ses 80 ans, il s’offre le tour de la Sardaigne. Peu avant de fêter ses 95 ans, il reçoit la visite surprise de Eddy Merckx.

Sa grande générosité permettra à notre Club d’organiser plusieurs années le Prix Walter Mafli pour la catégorie des Cadets.

Jusqu’au début des années 1970, Walter Mafli vit modestement de son art. Il fait la connaissance du grand cuisinier Frédy Girardet qui, séduit par sa peinture, couvre les murs de son restaurant à Crissier de plusieurs de ses tableaux. Et ce fut le début de la renommée du peintre. Depuis lors, son succès auprès d’un large public ira en grandissant. Exposant son rouge à travers toute l’Europe, en Afrique du Nord, aux États-Unis. «J’aime cette couleur chaude, symbole pour moi d’espoir», disait Walti qui ne s’est jamais résolu à lâcher le pinceau, malgré une vue de plus en plus défaillante.
C’était quelqu’un de très humain avec beaucoup d’humour. «Attachant», le mot revient souvent dans la bouche de ceux qui l’ont connu. «Généreux», aussi. «Sensible et fier de son parcours accompli».

 

Merci Walti pour tout ce que tu as apporté au Cyclophile Lausannois.

Le souvenir restera dans nos mémoires de ta simplicité, de ta générosité, de ton amitié et surtout de ton talent.

 

14.12.2017/M.Combremont